Comment, lorsqu’on a exercé pendant trente-quatre ans un métier passion comme le journalisme, devient-on soudainement vitrailliste ? 

francoise tourbe
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Au terme d’un cheminement pas si long que ça… Il faut d’abord que j’explique que j’ai toujours adoré fabriquer des objets. Originaire de Laon, dans l’Aisne, je me suis très jeune prise d’admiration pour les vitraux médiévaux de la cathédrale gothique. Mon père, qui éditait du matériel pédagogique pour les enseignants, les avait photographiés de tout près. J’ai donc pu  en découvrir tous les détails, les couleurs, les dessins…

Plus tard, j’ai craqué pour l’art nouveau, une période où, là encore, le vitrail était  omniprésent. Si bien qu’en 2014, un peu dégagée des obligations familiales et voyant se profiler au loin une retraite que je n’imaginais pas autrement qu’active, j’ai suivi un stage de formation de base (découpe des verres et sertissage au plomb) au Centre international du vitrail de Chartres.

Le sein du sein de la formation des maîtres verriers… Le rêve.

 

Mais ce que je voulais vraiment faire, c’était du vitrail tiffany, une technique inventée par un américain, Louis Comfort  Tiffany, à la fin du XIXe siècle. Au lieu de maintenir les pièces de verre avec du plomb, on les sertit dans un ruban de cuivre, ce qui permet ensuite de les assembler grâce à une soudure à l’étain. Cela donne un vitrail beaucoup plus fin, plus souple, particulièrement bien adapté à la création d’objets de décoration.

J’ai donc suivi un stage de spécialisation chez un artiste verrier, Jean-Yves Delille, qui a monté son atelier, Toucouleur, dans un petit village du sud de la France. J’ai ensuite immédiatement investi dans le matériel de base, installé mon atelier dans les combles de ma maison et commencé à pratiquer… J’ai eu bien des prises de tête et des  galères desquelles j’ai beaucoup appris, mais surtout tellement de plaisir et de fierté. Et plus besoin de se creuser la tête pour Noël. Les cadeaux à la famille étaient tout trouvés !

 

Lorsqu’en 2017 le journal pour lequel je travaillais, La Voix du Nord, a eu besoin d’adapter ses effectifs aux nouvelles réalités économiques de la presse, j’y ai vu l’opportunité de faire d’un passe-temps une véritable reconversion professionnelle.

 

Cela est allé assez vite. J’ai quitté La Voix du Nord en octobre 2017. Mon atelier, Verronimo, a été déclaré à la chambre de métiers d’Arras le 1er mars 2018. Je découvre depuis mon nouvel environnement administratif. Rien d’insurmontable. Il suffit de faire les démarches (essentiellement sur Internet) au fur et à mesure, sans laisser traîner.

Mais surtout, je crée ! Par moi-même, ou en collaboration avec une artiste, Manon Paquet, qui se trouve par ailleurs être ma fille. Elle a un style de dessin très dynamique que le vitrail tiffany permet de rendre parfaitement, sans rien perdre de son explosivité. J’adore… Mon style personnel est plus simple, à base de géométrie. Efficace, quoi… Je vous laisse découvrir.

 

 

Françoise Tourbe

Vitrailliste